Noticias - 12 octubre 2022

Conférence TedX : «Les 100 ans qui ont changé la science»

TedX Issy les Moulineaux, le 13 juin 2022 – (vidéo et texte intégral de la conférence ci-dessous)

https://youtu.be/7DiOCyOUUY0

« En 1936, à Princeton, aux États-Unis, la plus grande université américaine, Einstein y est réfugié depuis trois ans. Il est une légende. Déjà, il est très connu. Il est inabordable, il est protégé. Mais une petite fille veut lui poser une question. Elle a une question importante. Elle arrive à se faufiler à un moment et elle crie vers lui : « Maître, Maître. Maître, est-ce que vous croyez en Dieu ? » Alors Einstein est un peu surpris, bien sûr, mais il lui répond gentiment. Il lui dit : « Mais tu poses une très belle question. Une question importante. Je ne peux pas te répondre comme ça. Donne-moi ton adresse et je vais te répondre, mais par écrit. » Et une dizaine de jours après, la petite fille reçoit une lettre avec cet écrit d’Einstein qui est aujourd’hui mondialement célèbre, dans laquelle il écrit : « Toute personne sérieusement impliquée en sciences, finira par découvrir qu’un esprit supérieurement intelligent, infiniment plus grand que celui de l’homme, se manifeste dans les lois de l’univers. »

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Alors ça, c’est une idée qui est très forte. C’est une idée qu’il a exprimée en premier, mais qui est un peu le résumé des 100 ans qui ont changé la science. Un esprit intelligent qui se trouve derrière les lois et se manifeste dans les lois de l’univers. Je vais vous commenter un petit peu ce schéma. Je vais vous parler d’un reset, celui de la science. Un reset qui n’est pas un petit reset, qui est quelque chose sur la question spécifique de l’existence de Dieu.

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Si on prend un tableau historique, si on regarde un peu dans l’histoire, il y a eu de la science. En Mésopotamie, chez les Grecs, dans le monde arabe, en Chine. Mais après la période barbare, c’est dans le monde chrétien, en Occident, que la science moderne s’est développée à partir du Moyen Âge. Les gens croyaient au Logos, ils croyaient que Dieu était rationnel et qu’il avait fait un monde rationnel. Il y a des universités qui se sont créées et la science a progressé jusqu’à Copernic. De Copernic à Freud, les découvertes nouvelles ont été stupéfiantes et elles ont bousculé la religion. En elle-même, elle n’avait rien contre la religion, l’héliocentrisme, l’évolution.

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Mais premièrement, cela a changé la vision du monde des gens. C’est-à-dire qu’ils étaient déstabilisés par les découvertes nouvelles. Deuxièmement, la science semblait se mettre à répondre à des questions auxquelles on pensait qu’il n’y avait jamais de réponses. Des questions qu’on n’aurait pas imaginées possible de traiter. Elle en faisait de plus en plus. Il y avait une idée de progrès. On se disait peut-être qu’elle va répondre à toutes les questions la science. En plus, en répondant à tout ça, elle n’avait pas besoin de l’hypothèse de Dieu.

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Vous savez, c’est l’histoire de Laplace avec Napoléon. Laplace va voir Napoléon, il lui expose son système. Et Napoléon réagit en disant : « Mais je ne comprends pas. Newton avait parlé de Dieu, vous, vous n’en parlez pas. » Et il dit : « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. » Donc, on avait une science qui, pendant toute une période, s’est développée, répondait à beaucoup de questions. La science avait aussi un prestige énorme, parce qu’elle a changé nos vies, elle a changé le monde. Ça a donné un courant matérialiste extrêmement puissant, et scientiste aussi, qui a dominé au XIXᵉ et XXᵉ siècle.

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Quand on arrive en 1900, les scientifiques pensent qu’ils ont fait le tour de la question. Vous avez Lord Kelvin qui, à un moment, dit : « La science est achevée. Nous avons mis en équation tous les secrets éternels de la matière et du ciel. » Il dit : « La physique, c’est terminé, il ne faut plus qu’ajuster les décimales. » Et puis d’autres sont sur le même registre, vous avez Bertolo, un grand chimiste, qui dit : « La chimie, c’est terminé. Donnez-moi 10 ans pour achever la science. » Et puis Max Born et plein d’autres. On était dans une illusion totale parce que derrière ça, il va y avoir six ou sept révolutions majeures. C’est la courbe qui remonte. Ça commence avec la thermodynamique. La thermodynamique, c’est une science qui naît au XIXᵉ siècle avec Carnot, Clausius, Boltzmann.

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Clausius, pose le second principe, c’est-à-dire que l’entropie est toujours croissante dans un système fermé en absence d’apport d’information. Ça veut dire qu’il y a une flèche du temps. C’est-à-dire qu’on va vers ce qu’on appelle la mort thermique de l’univers. Toutes les étoiles, les unes après les autres, vont s’éteindre. Boltzmann comprend très bien tout de suite, il dit : « Si jamais on va vers la mort thermique, ça veut dire qu’il y a un début à l’univers. » Et la question du début, elle est capitale. Parce que s’il y a un début au temps, à l’espace et à la matière, alors il y a un Dieu. Toutes les visions athées du monde, sans aucune exception, ont toujours pensé que le monde était éternel dans le passé. Donc Boltzmann met un coup dans tout ça. En plus il dit : « Si l’ordre spécifique décroît, ça veut dire qu’au moment du début, il y avait un ordre très particulier au tout début. » Bon, ça n’a pas un impact très fort. Beaucoup de gens le combattent. Finalement, il se suicide.

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Après, il y a une deuxième révolution très forte, c’est la mécanique quantique. Dans l’infiniment petit, on s’aperçoit que le monde, le réel, est voilé. On ne peut pas accéder à la réalité ultime. En plus, il est probabiliste, il y a des fonctions d’onde et il n’est pas déterministe. C’est-à-dire quand on fait des mesures ou quand un atome se désintègre, on ne peut pas changer de T en -T, donc ça bouscule aussi les idées matérialistes.

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Troisième révolution colossale, celle d’Einstein. Einstein, avec d’autres, voit l’idée de la relativité restreinte. C’est-à-dire que la vitesse de la lumière est un absolu. Ça veut dire que le temps est relatif. Par contre, tout seul, en 1915, il postule la relativité générale. Et là, c’est une révolution. C’est-à-dire qu’il explique que l’espace est courbé par la masse. On ne veut pas rentrer dans les équations d’Einstein, mais ce qu’il est en train de dire, c’est que le temps, l’espace et la matière sont liés. Ils ne peuvent pas exister l’un sans les deux autres.

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Ça, jamais aucun philosophe, jamais aucun penseur n’avait pensé à ça. C’est quelque chose de complètement nouveau. On vous explique que si vous êtes près du soleil, le temps passe moins vite. Si vous êtes dans un trou noir, il s’arrête. Si vous allez à la vitesse de la lumière, le temps s’arrête aussi. Ce sont des idées complètement folles, qui sont l’intuition d’Einstein, qui sont mis en théorie puis en équations. Il fait des prévisions, elles sont très vite vérifiées. Maintenant, tout le monde est d’accord. Il n’y a plus de débat sur ça. On est sûr que ça marche.

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Cette révolution, elle en amène une quatrième qui est l’idée de l’expansion de l’univers. Personne n’avait jamais pensé à ça, Einstein n’y croyait pas lui-même. Il avait bidouillé un peu ses équations pour ne pas qu’il n’y ait d’expansion. Mais un génie russe, Alexander Friedman, un des quatre ou cinq qui arrivent à comprendre vraiment les équations d’Einstein à l’époque.

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À 16 ans, il est publié dans les plus grandes revues mathématiques du monde. À 33 ans, il fait un article qu’il dépose à la Revue de physique allemande, le 29 mars 1922, c’est-à-dire pratiquement 100 ans jour pour jour par rapport à notre date d’aujourd’hui. Dans cet article, pour la première fois, il explique que l’univers est en expansion et qu’au début, c’était certainement un point. Alors ça, personne n’y croit. Ça paraît complètement farfelu. Mais après, avec l’aide de l’abbé Lemaître, avec l’aide de découvertes un peu impromptues comme celle de Wilson, du rayonnement de fond cosmologique, des abondances et tout ça, je vous passe les détails, mais c’est confirmé au bout de quelques décennies.

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Aujourd’hui, tout le monde est d’accord, il y a eu un big bang. Tout ça pose d’immenses questions. S’il y a une expansion de l’univers comme ça, qu’est-ce qui va se passer après ? Les gens pensent que peut-être qu’il y aura une contraction à un moment, et qu’on va alterner un cycle de Big Bang et de big Crunch. Mais en 1998, on s’aperçoit qu’après neuf milliards d’années, l’univers a réaccéléré au lieu de se contracter, par peut-être la courbure ou peut-être la gravité. En fait, pas du tout. Si on suit les équations, ça va continuer à accélérer sans cesse. Dans les années 2000, il y a des théorèmes de cosmologie qui sortent pour dire que si le Big Bang n’était pas le début absolu, s’il y avait d’autres Big Bang avant le big bang, il n’y en a pas un nombre infini. Il y a forcément un début, au temps, à l’espace et à la matière. Des choses complètement étonnantes que jamais on aurait pensé qu’on pouvait traiter en science.

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Qu’est-ce qui se passe après ? Ceux qui découvrent que le Big Bang est vrai reprennent les équations. En particulier, Robert Dicke, il calcule que si jamais, un instant après le big bang, la vitesse d’expansion de l’univers était changée, du 15ᵉ chiffres après la virgule, dans un sens ou dans l’autre, on ne serait plus là pour en parler. Le gars tombe de sa chaise. Il dit : « Qu’est-ce que c’est que cette chose, ce réglage ? » Et derrière lui, il y a des dizaines de scientifiques qui vont faire des dizaines de découvertes qui vont dire la même chose. C’est-à-dire que les 20 ou 30 constantes, ou paramètres, qui déterminent l’univers et les forces de l’univers, si vous les changez un tout petit peu. On sait le modéliser aujourd’hui, on a mis ça dans des ordinateurs. L’univers se détraque, ça ne marche plus. On appelle ça le réglage fin de l’univers. Ça pose d’immenses questions. Qui ? Comment ? Pourquoi ce réglage ?

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Et puis encore une révolution en biologie. En biologie, on pensait que le passage de l’inerte au vivant était quelque chose de très simple. On s’aperçoit que c’est un gouffre immense, qu’il faut passer de l’inerte à une cellule, parce que tout ce qui est vivant sur la terre, des bactéries à l’homme, en passant par toutes les plantes et tous les animaux, c’est composé de cellules. Mais une cellule, ce n’est pas rien. Il y a toujours de l’ADN. Or l’ADN, c’est un langage ultra-compliqué, qui est né il y a 3.8 milliards d’années, de manière parfaite, qui code tout le vivant, et qui est sorti des lois de l’univers.

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Pour vous donner une idée, la densité d’informations dans l’ADN, c’est 44 000 milliards de fois plus grand que ce que l’homme fait de plus dense au XXIᵉ siècle. Un prodige de technologie. Mais l’ADN, ça ne suffit pas. Il faut aussi qu’il y ait des protéines, des enzymes, une membrane, du métabolisme. C’est un truc de fou. On est passé d’une rive à l’autre. On est passé de l’inerte au vivant, mais c’est à cause de réglages fins, qui sont encore plus fins que les réglages de la physique. Tout ça pose d’immenses questions. Il y a aussi une révolution en mathématiques avec Gödel, qui montre par le théorème d’incomplétude et une preuve ontologique aussi sur Dieu.

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Bon, passons vite. Si on fait le bilan, il y a deux choses. Premièrement, l’univers est 1000 fois plus complexe que ce qu’on pensait il y a un siècle. C’est sans rapport et on sait peut-être qu’on ne saura jamais tout, parce que chaque fois qu’on ouvre une question, il y en a trois qui apparaissent.

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Deuxièmement, parmi tout ce bazar, toutes ces découvertes, il y en a deux qui sont fondamentales pour notre sujet. C’est qu’il y a très certainement un début au temps, à l’espace et à la matière. On le sait par la science, mais on le sait aussi par la rationalité, les mathématiques, la physique, puis la thermodynamique et la cosmologie, dont je vous ai parlé. S’il y a un début au temps, à l’espace et à la matière, ça veut dire que cette émergence a été provoquée par une cause qui est transcendante à tout ça, qui n’est ni temporelle, ni spatiale, ni matérielle, qui a eu la puissance de créer tout ce qui existe, et qui a en plus tout réglé pour que les atomes puissent être stables, pour que les étoiles puissent brûler 10 milliards d’années, et pour que la vie complexe puisse se développer. Toutes choses qui sont totalement improbables, on le sait aujourd’hui. Donc ça, ça pose des questions énormes, des questions gigantesques et c’est un véritable retournement de la science.

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Quand on regarde le paysage, aujourd’hui, si vous regardez le monde, vous avez l’impression que cette question de l’existence de Dieu n’est pas soluble, parce qu’il y a des tas de gens qui croient, des tas de gens qui ne croient pas, des gens très intelligents des deux côtés. Vous vous dites : « Comment est-ce que moi, avec mon petit cerveau, je pourrais aller plus loin ? » Mais en fait, c’est un peu comme Newton. Newton dit : « J’étais juché sur les épaules des géants qui m’ont précédé. C’est pour ça que j’ai pu aller plus loin. »

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Aujourd’hui, pourquoi est-ce qu’il y a des gens qui croient ? Parce qu’il y a plein de raisons de croire qui sont assez intuitives. L’existence de l’Univers, son ordre, l’esprit. Tout ça a été mis en place par la philosophie qui en a fait des raisons de croire, des preuves de l’existence de Dieu. Vous avez aussi des tas de choses qui viennent de la religion, donc les miracles, les apparitions, les saints, les témoignages de gens qui ont rencontré Dieu, tout ça, ça fait un très gros paquet de raisons de croire en Dieu. Ce qui fait que dans ce pays, il y a cinq siècles, dix siècles, 15 siècles, tout le monde croyait en Dieu.

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La science a semblé à un moment proférer un discours structuré qui était différent. Mais la science vient de changer de position aujourd’hui, et elle met plutôt en difficulté les athées. Donc aujourd’hui, il y a une convergence. C’est très nouveau. Il y a une convergence de tous les indices, un faisceau d’indices, de preuves, qui sont fortes, qui sont nombreuses, qui sont rationnelles, qui sont indépendantes et qui permettent d’aller vers… Alors après, chacun décidera. Tout le monde est libre d’évaluer les choses parce que le monde réel doit être étudié par tout le monde. Mais, ce qui est derrière un petit peu, c’est qu’il y a l’aube d’une révolution, quelque chose qui va changer. Un grand reset.

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Je termine par mon histoire un peu perso. Moi, quand j’avais 20 ans, je n’étais pas croyant. J’étais persuadé que les croyants étaient des gens irrationnels, qui assumaient complètement d’être irrationnels. On m’a mis dans les mains des raisons de croire rationnel. J’ai regardé, je croyais trouver la faille en cinq minutes et en fait, ça a résisté beaucoup et je me suis aperçu que c’était très solide. J’ai eu une énorme surprise. Voilà cette surprise, je pense que le monde va la voir aujourd’hui, en tirant les implications des découvertes scientifiques des 100 dernières années qui changent complètement la donne. Je vous remercie. »

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